La ligne Auray–Quiberon : 140 ans d’histoire
C’est le 24 juillet 1882 qu’est inaugurée, en grande pompe, la nouvelle ligne de chemin de fer reliant Auray à Quiberon. Cette ligne à voie unique, longue de 27 kilomètres, remplit alors un double rôle stratégique : favoriser le développement économique en facilitant la distribution de soude et des produits des conserveries ; assurer également l’acheminement de l’artillerie pour la défense de la presqu’île et de Belle-Île.
Les travaux débutent durant l’hiver 1880. S’il n’est pas nécessaire de prévoir d’ouvrages d’art tels que des ponts ou des tunnels, il faut toutefois composer avec le réseau routier existant, impliquant la création de passages à niveau et, surtout, réaliser un passage dans la roche à la sortie de Plouharnel, franchir une zone marécageuse avant le Bégo et édifier un remblai au niveau de l’isthme de Penthièvre.
En 1916, un embranchement est ajouté à Saint-Pierre-Quiberon afin de desservir le site d’essais d’artillerie lourde sur voie ferrée (ALVF). Durant la Seconde Guerre mondiale, une ligne annexe est également installée depuis le Bégo pour acheminer le sable nécessaire à la construction de la base de sous-marins de Lorient.
Peu à peu, le train contribue à renforcer l’attractivité de Quiberon comme lieu de villégiature, d’autant plus qu’il constitue un point d’accès privilégié vers Belle-Île. Le développement des vacances après-guerre, combiné à l’accès limité à la presqu’île par une seule route, conduit à repenser l’exploitation de la ligne.
C’est ainsi qu’en 1985 naît le « Tire-Bouchon ». Lors des deux mois de cette première saison, entre le 1er juillet et le 31 août, 39 000 voyageurs l’empruntent. 30 ans plus tard, le succès de cette desserte ferroviaire est indéniable et ce sont près des 113203 voyageurs qui empruntent cette ligne 2015 et 1 932 187 voyageurs en 2024. Paradoxalement, l’infrastructure est vieillissante et une réflexion s’engage progressivement sur son avenir.
D’octobre 2019 à mars 2022, une étude d’opportunité sur le devenir de la ligne est menée, accompagnées d’une concertation sur son évolution. Le renouvellement de la ligne telle qu’elle existe aujourd’hui a été validé par les différents partenaires (Région, Etat, AQTA, SNCF Réseau). Ainsi après des études préliminaires, un partenariat financier entre l’Etat, la région Bretagne, la Communauté de communes Auray Quiberon Terre Atlantique et SNCF Réseau a permis d’engager les études préparatoires afin d’organiser et lancer des travaux après l’été 2026, pour une remise en service à l’été 2027.
Histoire et patrimoine au fil des rails
Sur ses 27 kilomètres, la ligne du Tire-Bouchon traverse plusieurs communes du territoire d’Auray Quiberon Terre Atlantique. Après Auray, elle dessert Brec’h, Ploemel, Carnac, Plouharnel, Saint-Pierre-Quiberon, avant d’aboutir à Quiberon. Le voyage offre ainsi une progression de paysages, passant des espaces urbains aux campagnes et zones boisées, puis aux marécages et aux dunes bordant l’océan.
Au-delà du patrimoine ferroviaire - gares, maisons de garde-barrière et passages à niveau -, la ligne quitte le quartier Charles-de-Blois d’Auray, né de l’implantation de la gare, reconnaissable notamment à sa vaste église de style Art déco, pour se diriger vers le sud.
Dans les campagnes de Brec’h, Ploemel et Carnac, elle passe à proximité de nombreux sites mégalithiques et de manoirs. À la sortie de Plouharnel, le site du Bégo, remarquable par sa batterie d’artillerie, longe la voie. C’est également à cet endroit que se dévoilent les premiers panoramas maritimes, avec la baie de Plouharnel.
Le bourg de Penthièvre, avec son architecture de villégiature, évoque les débuts du tourisme balnéaire. Avant de franchir l’isthme, le regard se porte à l’ouest sur l’île de Téviec, haut lieu du Mésolithique, où des squelettes et un important amas de coquilles ont été mis au jour par les archéologues.
Le fort de Penthièvre, véritable verrou défensif de la presqu’île, est construit au milieu du XVIIIe siècle. Il témoigne des affrontements entre Républicains et Chouans en 1795. Un monument commémoratif rappelle également qu’il fut le lieu d’exécution de 59 résistants durant la Seconde Guerre mondiale.
De Kerhostin à Quiberon, le paysage s’ouvre au gré du trajet : à l’est, la baie de Quiberon ; à l’ouest, l’océan. Mégalithes, maisons de pêcheurs et moulins ponctuent encore le parcours. Avant l’arrivée en gare de Quiberon, la voie longe le fort Saint-Julien, où est réimplanté en 1947 le sémaphore.
Emprunter le Tire-Bouchon, c’est ainsi parcourir une véritable traversée de l’histoire et du patrimoine du territoire d’Auray Quiberon Terre Atlantique.
En 2025, pour son 40e anniversaire, ce sont près de 173 000 voyageurs qui sont montés à bord du tire-bouchon.